CONTRIBUTIONS DES DOCTORANTS

 

est essentiellement causé par le mot, une « monade magique » dont le caractère plaisant relève du signifiant, des signifiés littéraux ou autres, de l’originalité de leur combinaison ou d’une logique associative. Ce mot qui déclenche plaisir, bonheur ou jouissance, est perçu ou vécu de manière soudaine et de cette soudaineté apparaît une fascination, autrement dit – il sidère ; et bien que son effet reste dépendant d’une sensibilité, il a pour conséquence d’enclencher une écriture virtuelle inhérente à l’acte de lecture. Le lecteur s’en trouve pris dans une désadhérence, à la manière d’un sujet lacanien, il se dissout en une multitude de sujets qui l’exhibent et le fantasment.

Finalement, si lire est écrire, errer, digresser, prendre plaisir ou jouir dans l’oubli de sa personne grâce au texte qui, dans la gorge du lecteur, pose une nouvelle voix, reste qu’au-delà de sa satisfaction, les mots qui, comme des prismes, déploient un récit, participent à l’amplitude mouvante d’une mémoire qui fonde toute ontologie d’un sujet amoureux, d’une communauté et de leur histoire. Ainsi Roland Barthes évoquant S/Z dit dans un entretien : « […] ayant travaillé pendant assez longtemps une nouvelle de Balzac, je me surprends souvent maintenant à transporter spontanément dans les circonstances de la vie des bribes de phrases, des formulations issues spontanément du texte balzacien ; ce n’est pas le caractère mémoriel (banal) du phénomène qui m’intéresse ; c’est l’évidence que j’écris (il est vrai dans ma tête) à travers ces formules héritées d’une écriture antérieure ; […] »[1]. Quant au Dernier Royaume, on trouve dans Sur le jadis une formulation similaire : « Avec chaque roman qu’on écrit ou qu’on lit on change de passé. […]. Associé à la page écrite, il étend un nouvel espace qu’on appelle Histoire. »[2]

 

Alexandre Sannen

Université de Western

Vanier

 

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[1] Roland Barthes, « Le style et son image », 1971, in : Œuvres complètes : Tome III 1968 – 1971, édit. Eric Marty, Paris, Editions du Seuil, 2002, p. 979.

[2] Pascal Quignard, Sur le jadis, Paris, Editions Grasset, 2002, p. 17.

 

Roland Barthes